Le bambou est-il vraiment du bois ? Ce qu'il faut savoir avant de l'utiliser
Le rayon parquet d'un magasin de bricolage aligne souvent le bambou juste à côté du chêne et de l'érable, comme s'il s'agissait d'une essence de bois parmi d'autres. Ce n'est pourtant pas le cas : botaniquement, le bambou est une graminée géante, plus proche du blé ou du bambou d'ornement de votre jardin que du chêne. Cette différence n'est pas un détail académique, elle explique pourquoi le bambou se comporte, se travaille et vieillit différemment du bois massif.
Cela ne l'empêche pas d'être un matériau sérieux, utilisé en structure dans certains pays, en parquet et en mobilier chez nous. Mais l'acheter sans comprendre ce qui le distingue du bois, c'est risquer de mauvaises surprises, notamment en extérieur.
- 4 à 5 ansMaturité d'une tige de bambou géant, contre des décennies pour un arbre
- > 9,5 kg/mm²Dureté du bambou compressé de qualité (comparable ou supérieure à un bois dur)
- 0Anneau de croissance annuel : le bambou n'a pas de croissance secondaire
Une graminée, pas un arbre
Un arbre grandit en épaisseur chaque année grâce à une couche de cellules appelée cambium, qui produit un nouveau cerne de bois à chaque saison de croissance. Le bambou n'a pas ce mécanisme : sa tige (le chaume) atteint son diamètre définitif dès la première saison de pousse, parfois en quelques semaines, et ne grossit plus jamais ensuite. Ce qu'elle gagne ensuite, ce n'est pas de l'épaisseur, mais de la dureté, à mesure que les fibres se lignifient au fil des années.
C'est cette absence de croissance secondaire qui rend le bambou capable d'atteindre sa taille adulte en quelques mois, alors qu'un chêne met des décennies à produire un tronc exploitable. Une parcelle de bambou géant peut être récoltée à nouveau tous les quatre à cinq ans, sans qu'il soit nécessaire de replanter : les rhizomes souterrains émettent nombre de nouvelles pousses chaque année.
Le bambou destiné à la construction ou au mobilier n'est presque jamais utilisé en tige brute chez nous. Il est fendu en lamelles, puis collé et compressé à haute pression (bambou lamellé ou bambou densifié dit « strand woven ») pour obtenir des panneaux et des lames aux dimensions stables, très proches d'usage d'un panneau de bois massif reconstitué.
Une densité et une dureté qui rivalisent avec le chêne
C'est le paradoxe du bambou : une plante à croissance record produit, une fois densifiée, un matériau aussi dense qu'un bois dur de référence comme le chêne, et parfois plus dur encore. Le bambou densifié de qualité affiche une dureté supérieure à 9,5 kg/mm², ce qui le place au niveau des bois durs tropicaux les plus résistants à l'usure, un atout réel pour un parquet ou un plan de travail très sollicité.
Cette dureté a cependant un revers : le bambou densifié est aussi plus cassant qu'un bois massif équivalent lorsqu'il est mal fabriqué ou de qualité médiocre, avec un risque d'éclats sur les arêtes. La qualité de la colle et de la compression fait ici toute la différence entre un produit durable et un produit qui se délite après quelques années.
| Critère | Bambou densifié | Chêne massif |
|---|---|---|
| Temps avant récolte/coupe | 4 à 5 ans | 60 à 150 ans |
| Dureté | Élevée à très élevée selon densification | Élevée |
| Stabilité dimensionnelle | Bonne si bien densifié | Bonne, surtout sur quartier |
| Sensibilité aux insectes sans traitement | Forte (riche en amidon) | Modérée (selon aubier/duramen) |
| Tenue en extérieur non traité | Faible | Moyenne à bonne selon essence |
Le point faible : sans traitement, les insectes s'y installent vite
Les tiges de bambou brut sont riches en amidon, un sucre complexe qui attire fortement les insectes xylophages, notamment les lyctus. Un bambou non traité laissé en conditions humides ou en contact avec des insectes du bois se dégrade nettement plus vite qu'un bois massif classé en durabilité naturelle moyenne. C'est pourquoi tout bambou vendu pour la construction ou l'aménagement extérieur doit avoir subi un traitement thermique ou chimique spécifique, à vérifier sur la fiche produit avant achat.
Un bambou vendu sans mention de traitement ni de classe d'emploi équivalente ne doit jamais être posé en extérieur exposé. Exigez une fiche technique précisant le traitement subi, comparable à ce qu'exige la classe d'emploi d'un bois classique.
Colle et émissions : un point à vérifier avant d'acheter
Comme tout matériau reconstitué par collage sous pression, le bambou densifié dépend fortement de la qualité de sa colle. Les produits d'entrée de gamme, souvent importés sans contrôle qualité rigoureux, peuvent émettre du formaldéhyde en quantités non négligeables dans un espace clos. Les fabricants sérieux affichent des classes d'émission (E1, voire des certifications plus strictes de type CARB), à demander systématiquement pour un usage intérieur, en particulier dans une chambre d'enfant.
Un vrai atout environnemental, sous conditions
Le bambou séquestre du carbone rapidement grâce à sa croissance record, et sa récolte n'implique pas la destruction de la plante puisque les rhizomes continuent de produire de nouvelles pousses. Mais cet avantage se joue surtout à l'échelle de la plantation d'origine, en Asie pour l'essentiel : le bilan carbone réel dépend fortement du transport, souvent sur de longues distances, un facteur que les alternatives de bois locaux français n'ont pas à assumer.
Pour un projet où l'origine française compte autant que la performance, comparez toujours le bambou à une alternative locale équivalente en dureté, comme le chêne ou le robinier faux acacia, avant de trancher uniquement sur l'argument écologique.
Où le bambou a vraiment sa place
En intérieur, le bambou densifié fait un excellent parquet, un bon plan de travail et un mobilier solide, à condition de choisir un produit certifié sur ses émissions. En extérieur, sur une terrasse notamment, seules les gammes spécifiquement traitées thermiquement pour l'extérieur (parfois commercialisées sous des noms de gamme dédiés) tiennent la distance ; un bambou d'intérieur posé dehors se dégradera en quelques saisons, quelle que soit sa dureté initiale.
- Vérifier le traitement : la fiche produit doit préciser un traitement thermique ou une classe d'emploi équivalente pour tout usage extérieur ou humide.
- Vérifier la colle : exiger une classe d'émission E1 minimum, voire une certification plus stricte pour une pièce fermée ou une chambre.
- Adapter l'entretien : comme un parquet massif, un sol en bambou se protège avec une huile ou un vitrificateur adapté, jamais avec une serpillière détrempée.
- Comparer au prix réel du m² : un bambou densifié haut de gamme coûte souvent autant qu'un bois dur européen équivalent, l'argument du prix bas ne tient donc pas toujours.
Entretien : proche du bois, avec quelques nuances
Au quotidien, un parquet ou un meuble en bambou s'entretient comme un bois massif classique : dépoussiérage régulier, nettoyage avec un produit peu chargé en eau, et évitement des flaques stagnantes qui font gonfler les fibres au niveau des joints de collage. La différence se joue surtout en cas de choc profond ou de rayure : contrairement au bois massif, qu'on peut souvent poncer et reteinter plusieurs fois, un bambou densifié n'a qu'une fine couche utile avant d'atteindre les liants de collage, ce qui limite le nombre de rénovations possibles au ponçage sur la durée de vie du sol.
Questions fréquentes
Sa croissance très rapide en fait une ressource renouvelable efficace, mais le transport depuis l'Asie pèse dans le bilan global. Un bois local français bien géré reste souvent plus pertinent sur l'ensemble du cycle de vie.
Uniquement avec une gamme spécifiquement traitée pour l'extérieur, généralement par traitement thermique poussé. Un bambou d'intérieur classique n'y résistera pas durablement.
Un bambou densifié de qualité résiste bien à la rayure grâce à sa dureté élevée, souvent supérieure à celle du chêne. Les produits d'entrée de gamme, moins densifiés, se rayent en revanche plus facilement.
Sa richesse en amidon en fait une source de nourriture attractive pour les insectes xylophages comme les lyctus, tant qu'il n'a pas été traité. Un traitement thermique ou chimique adapté neutralise ce risque.
- Filière bambou, données de croissance et de densification (MOSO, producteurs spécialisés)
- CIRAD, comparatif densité et durabilité des matériaux ligneux
- Réglementation européenne sur les émissions de formaldéhyde (classes E1)