Plancher bois : solivage, OSB et lames de plancher
Un plancher bois, ce n'est pas une simple accumulation de couches. C'est un système structurel qui doit reprendre les charges verticales (le poids des personnes et du mobilier), assurer la rigidité horizontale du niveau (contreventement du plancher), isoler phoniquement entre étages et recevoir le revêtement de sol final. Chaque décision à chaque niveau a des conséquences sur les autres. Comprendre cette logique permet de faire les bons choix de section, d'essence et de matériau, et d'éviter les erreurs classiques qui se payent en grincements, déformations ou ponts acoustiques.
Le solivage : la structure primaire du plancher
Les solives (ou soliveaux) sont les poutres horizontales parallèles qui constituent la structure porteuse du plancher. Elles reposent à leurs extrémités sur les murs porteurs ou les poutres principales, et supportent l'ensemble du plancher et ses charges d'usage. Leur rôle est uniquement de travailler en flexion : elles ne participent pas à la stabilité latérale du bâtiment (c'est le rôle du contreventement).
La section d'une solive dépend de trois paramètres : la portée (distance entre appuis), l'entraxe (distance entre deux solives consécutives) et la charge d'usage prévue. Pour un plancher d'habitation standard (charge d'usage 1,5 kN/m² selon l'Eurocode 1), les sections courantes sont les suivantes, en bois C24 (pin ou douglas).
| Portée | Entraxe 40 cm | Entraxe 60 cm | Essence |
|---|---|---|---|
| 2,0 m | 45x120 mm | 45x145 mm | Pin C24 ou Douglas C24 |
| 2,5 m | 45x145 mm | 45x170 mm | Pin C24 ou Douglas C24 |
| 3,0 m | 45x170 mm | 45x195 mm | Pin C24 ou Douglas C24 |
| 3,5 m | 45x195 mm | 45x220 mm | Pin C24 ou Douglas C24 |
| 4,0 m | 45x220 mm | 45x245 mm ou double | Pin C24 ou Douglas C24 |
Ces valeurs sont des ordres de grandeur courants, non des valeurs normatives absolues. Le vrai dimensionnement doit intégrer la déflexion admissible (fléchissement sous charge) limitée à l/300 selon l'EC5, soit 10 mm pour une solive de 3 m de portée. Au-delà de 4 m de portée sans appui intermédiaire, une poutre principale portant les solives est généralement introduite pour réduire les portées réelles.
Le choix de l'essence pour le solivage
La résistance mécanique d'un bois de structure se caractérise par sa classe de résistance selon EN 338 : C16, C18, C24, C30, etc. (C = conifère, chiffre = résistance caractéristique à la flexion en MPa). La classe minimale pour un solivage de plancher est C18, et C24 est la classe courante utilisée par les charpentiers professionnels en France.
Le pin sylvestre (Pinus sylvestris) est l'essence la plus courante sur le marché français. Il est généralement disponible en classe C24 dans les négoces bois, à un prix accessible. Sa durabilité naturelle est de classe 4 (non durable), mais pour un solivage intérieur, hors contact du sol et bien ventilé, elle n'est pas problématique. La classe d'emploi applicable est CE1 (intérieur sec) : aucun traitement n'est nécessaire.
Le douglas (Pseudotsuga menziesii) est disponible en C24 et offre une durabilité naturelle supérieure (classe 3), ce qui peut être utile si le solivage est en contact avec une maçonnerie humide (appui sur mur de refend) ou si le niveau de rez-de-chaussée est exposé à une remontée d'humidité. Sa légèreté relative facilite également la manutention sur chantier.
L'OSB : le panneau de contreventement et de sous-plancher
L'OSB (Oriented Strand Board, panneau de lamelles minces orientées) est posé sur les solives pour constituer à la fois le sous-plancher (surface d'appui du revêtement) et le contreventement horizontal du plancher (diaphragme).
Le contreventement horizontal est la capacité du plancher à transmettre les forces horizontales (vent, séismes) aux murs de contreventement verticaux. Un plancher sans panneau rigide (type solivage avec simple voligeage discontinu) ne joue pas ce rôle : il peut se déformer en losange sous une poussée latérale. L'OSB, vissé-collé sur les solives, transforme le plancher en un diaphragme rigide qui répartit les charges horizontales sur l'ensemble de la structure.
Deux types d'OSB sont concernés :
L'OSB 3 est l'OSB d'usage courant en ambiance humide temporaire. Il est adapté aux sous-planchers en zone habitable où l'humidité peut être ponctuellement élevée pendant le chantier. Épaisseur minimale pour un solivage à entraxe 40-60 cm : 15 mm. Recommandée en pratique : 18 mm pour une meilleure rigidité et une réduction des risques de craquements.
L'OSB 4 est plus épais, plus dense et résiste à des charges plus élevées. Il est utilisé pour les planchers sous charge importante (zones de stockage, ateliers) ou pour les grandes portées entre solives (> 60 cm d'entraxe). Son prix est nettement plus élevé que l'OSB 3.
La pose de l'OSB se fait perpendiculairement aux solives, joints décalés d'une rangée à l'autre (pose en quinconce). Les panneaux sont vissés tous les 15 cm sur les bords et tous les 30 cm en traversée de solive. L'encollage à la colle PU (polyuréthane pour bois) aux points d'appui est fortement recommandé : il supprime les microdéformations responsables des craquements du plancher à l'usage.
Les solives flottantes non liaisonnées au mur ne reprennent pas les charges horizontales et ne participent pas au contreventement. Un solivage posé sur des appuis simples sans ancrage mécanique dans les murs porteurs est insuffisant pour les bâtiments situés en zone de vent fort (zone 4) ou sismique. Les ancres métalliques de solive (type Simpson ou Rothoblaas) assurent la continuité structurelle entre le plancher et les murs porteurs. Ne pas les oublier lors de la conception.
L'isolation acoustique entre niveaux
La principale critique adressée aux planchers bois légers est leur comportement acoustique, notamment contre les bruits d'impact (pas, chutes d'objets). La structure légère transmet les vibrations plus facilement qu'une dalle béton massive. Plusieurs solutions permettent d'y remédier.
Les semelles résilientes (bandes EPDM ou polystyrène élastiomère) posées sous les solives au niveau de leurs appuis désolidarisent mécaniquement le solivage des murs porteurs. Elles atténuent la transmission des bruits d'impact par voie solidienne. Simples à mettre en oeuvre, elles doivent être posées avant la mise en place du solivage, pas après.
L'isolant entre solives (laine de bois ou laine de roche en panneau, 60 à 80 mm) remplit le vide entre solives et absorbe les bruits aériens (voix, musique). La combinaison semelles résilientes + isolant entre solives + OSB vissé-collé constitue une solution équilibrée pour un plancher bois résidentiel courant.
Pour les configurations exigeantes (chambre au-dessus d'un salon), des solutions complémentaires (chape sèche avec plaques à plots, faux-plafond désolidarisé) peuvent être nécessaires.
Les finitions de plancher bois
Sur le sous-plancher OSB 18 mm, plusieurs revêtements sont possibles, chacun avec ses contraintes de mise en oeuvre.
Les lames massives en pin ou sapin (épaisseur 20 à 23 mm, largeur 80 à 140 mm) sont posées à clin ou à rainure-languette. Elles peuvent être posées à la colle ou vissées (têtes de vis masquées par des tourillons). Le séchage du bois massif génère des mouvements importants : il faut laisser une désolidarisation de 10 à 15 mm en périphérie, dissimulée par la plinthe. Le pin se marque facilement (bois tendre), ce qui peut être vu comme une patine ou comme un défaut selon les goûts.
Le parquet massif (chêne, hêtre, frêne, épaisseur 21 à 23 mm) offre une résistance aux rayures supérieure et une durabilité bien plus grande. Il peut être poncé et rénové plusieurs fois sur la durée de vie du bâtiment. Sa pose sur OSB nécessite une colle parquet souple (MS polymère) et un sol parfaitement plan. Attente : l'humidité du solivage et de l'OSB doit être inférieure à 12 % avant pose.
Le parquet contrecollé (couche d'usure en bois massif de 3 à 6 mm, contre-parement stabilisateur) est plus stable que le massif face aux variations hygrométriques. Épaisseur totale : 13 à 15 mm. Il accepte le chauffage par le sol si la couche d'usure est inférieure à 4 mm.
Le carrelage sur plancher bois est possible mais exige une sous-couche rigide minimale : OSB 22 mm ou double couche 15+15 mm, joints décalés. Le carrelage ne tolère aucun mouvement de la structure sous-jacente. Un lit de désolidarisation (natte désolidarisante type Schlüter Ditra) entre l'OSB et le carrelage est indispensable pour absorber les légers mouvements résiduels du bois.
- Calcul du solivage : portée, entraxe, charges d'usage, classe C24, déflexion admissible vérifiée (l/300).
- Pose des semelles résilientes sous les solives au niveau de leurs appuis (EPDM ou polystyrène résilient).
- Mise en place du solivage : ancrage aux murs porteurs par sabots ou ancres métalliques inox.
- Remplissage acoustique entre solives : laine de bois ou laine de roche 60-80 mm.
- Pose de l'OSB 18 mm : perpendiculaire aux solives, quinconce, encollé à la colle PU sur les appuis, vissé tous les 15 cm en bord et 30 cm en milieu.
- Pose du revêtement de sol : en respectant les exigences d'humidité du bois (< 12 %) et les délais de séchage.
Pour la structure verticale qui porte ce plancher, notre guide sur la maison ossature bois présente les montants et l'organisation des niveaux. Et si vous cherchez l'isolant qui remplira les vides entre solives, la laine de bois combine performances thermiques et acoustiques.
Questions fréquentes
Le grincement vient le plus souvent du frottement entre l'OSB et les solives (encollage absent ou insuffisant) ou entre les lames de parquet et leur support. Sur un plancher existant sans accès par-dessous, injecter de la colle vinylique dans les zones de grincement par le dessus (trous de 4 mm, remplis ensuite) peut apporter un soulagement partiel. La solution durable est la repose avec encollage systématique.
Oui, le plancher chauffant est compatible avec les parquets contrecollés à couche d'usure fine (jusqu'à 4 mm) et certains parquets massifs de faible épaisseur. La résistance thermique du revêtement de sol doit être inférieure à 0,15 m².K/W. Le plancher chauffant hydraulique peut être incorporé dans une chape légère sur l'OSB (chape anhydrite ou chape sèche à plots), mais le calcul de charge doit être vérifié pour les solives.
Les solives lamellées-collées (GL24h, GL28h) sont fabriquées par collage de lamelles de bois, ce qui supprime les défauts naturels (noeuds, fil incliné) et offre une résistance mécanique plus homogène et plus élevée. Elles permettent des portées plus grandes à section comparable ou des sections plus petites à portée égale. Elles sont plus coûteuses que le bois massif C24 et s'utilisent pour les portées > 4 m ou les poutres principales.
Techniquement oui, pour un usage temporaire ou dans un espace de stockage. Pour un espace habitable, l'OSB brut est salissant (formaldéhydes, poussières), peu esthétique et sensible à l'usure en surface. Un OSB vernis ou peint reste néanmoins utilisé dans des espaces utilitaires (atelier, buanderie) où le budget est la contrainte principale.
- https://www.cstb.fr/
- https://www.fcba.fr/
- https://eurocodes.jrc.ec.europa.eu/